Passage de la frontière Bolivie/Chili par Pisiga

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Après cinq jours à sillonner le magnifique Sud Lipez avec pour bouquet final le lever du soleil sur le Salar d’Uyuni, je dois maintenant quitter la Bolivie et rejoindre un pays tout en longueur, le Chili. La Bolivie m’aura jusqu’au bout réservé des surprises, et ce n’est pas sans une pointe de nostalgie que je m’aventure de l’autre côté de la frontière.

Quitter Uyuni au plus vite

Uyuni, ville touristique sans charme, avec pour seul atout d’être située à l’entrée du plus grand désert de sel du monde, sera la dernière étape de mon voyage en Bolivie. Elle est le genre de ville qui vous donne envie de la quitter à peine descendu du 4×4. La masse touristique se mêle élégamment à la population locale, les restaurants mettent en avant une carte riche en plats typiques: burgers, pizzas, lasagnes sur fond de musique techno commerciale européenne… Quoi de plus bolivien ?!

La première heure passée à Uyuni m’a conforté dans mon envie de passer la frontière chilienne au plus vite. Les bus transfrontaliers partent à 4 heures du matin, qui n’est clairement pas un horaire qui m’arrange, mais ai-je vraiment le choix? Nous sommes en Bolivie et l’organisation et les motivations des entreprises privées de transport à proposer des horaires aussi spéciaux restent un mystère pour moi.

Il s’avère que je vais bien dormir cette nuit-là, tellement bien que je ne vais pas entendre le réveil  sonner et manquer mon bus. Je pars dès 8 heures, énervé contre moi-même mais reposé, à la recherche d’une autre solution. Je dois rejoindre la ville d’Oruro avant la nuit, distante seulement de sept heures de route, ou plutôt de piste accidentée en travaux. Comme je vous l’ai déjà dit, nous sommes en Bolivie et les bus pour cette dernière ne partent qu’à 20 heures, pour arriver en plein milieu de la nuit. Logique organisationnelle qui m’échappe, mais qui m’oblige à partir en stop en direction de Challapata dans l’espoir d’atteindre Oruro en fin de journée.

D’Uyuni à Oruro de jour

Alors que je cherche désespérément une compagnie de transport qui assure la liaison Uyuni – Oruro de jour, le destin me met sur la route d’un bolivien qui part à 10 heures dans son 4×4 blanc flambant neuf, et qui me propose de m’y conduire pour sensiblement le même prix que le bus. Une occasion en or que je m’empresse d’accepter, mais qui avortera finalement, quand à 10 heures et demi, j’attends toujours sur le bord de la route.

Sans le savoir, je n’étais en fait pas seul à attendre ce fameux véhicule. Un homme d’une cinquantaine d’années doit lui aussi quitter Uyuni au plus vite, pour quelques raisons obscures, et m’informe qu’il part à pied jusqu’au début de la route asphaltée, d’où il a la ferme intention de partir en stop. Signe du destin. Une deuxième fois. Je l’accompagne et rencontrons en moins d’une demi-heure un mini-van prêt à nous déposer à Challapata.

A ce moment-là, le soulagement et même l’espoir s’emparent de moi, je vais éventuellement pouvoir passer au Chili dans la nuit. Le chauffeur dopé à la coca (son sachet qui doit bien contenir une centaine de grammes et qu’il partage avec son ami co-pilote se vide à vue d’œil) roule comme un assassin sur la piste défoncée et j’arrive en début d’après-midi à destination. Il a dû, à l’évidence, établir un nouveau record sur cette portion.

Beaucoup moins marrant mais tout aussi efficace, le bus pour Oruro part dans la demi-heure. J’avale deux empanadas, une part de gâteau, fais passer le tout avec un Coca bien frais et grimpe dans l’autocar, pour seulement deux heures et demi de trajet.

Entre deux bus, l’attente est longue

Terminal d’Oruro, vieux bâtiment gris avec étage qui abrite même un hôtel, est le point de départ de nombreux bus nationaux et internationaux. Il est bondé, des autocars partent régulièrement tout au long de la journée et d’une bonne partie de la nuit, mais surtout très bruyant. Marketing sonore, le cri comme arme commerciale, les vendeurs de billets espacés les uns des autres de seulement quelques mètres, annoncent oralement mais à un volume scandaleusement élevé le nom des destinations dont ils proposent le transfert. A la manière des vendeurs de beignets l’été sur les plages françaises, mais à plusieurs et en continu.

J’ai six heures à attendre et décide, après m’être fait violer les tympans le temps d’acheter mon billet pour Iquique, de partir en quête d’un café avec wifi dans le centre de la ville et j’en profite pour me dégourdir un peu les jambes. Avec seulement quelques bolivianos en poche, je prends deux bonnes heures pour boire un thé, pomper la connexion internet, et repars traîner en ville avant de retourner au terminal. Ces temps d’attente sont encore plus terribles que ceux passés dans le bus. Je n’ai plus qu’une envie, m’installer dans mon siège (en espérant que personne ne vienne occuper la place d’à côté) et dormir.

23 heures, enfin! Enfin, sauf que je patiente toujours sur le bord du quai. Le classique, le bus a du retard, il ne rentrera pas dans le terminal mais stationnera au milieu de la route le temps de charger les bagages et les passagers. Nous prenons alors tous la direction de la rue et attendons. « Attendre », le mot qui résume sans doute le mieux les quinze dernières heures et sans le savoir les douze prochaines. Nous partirons finalement à 1 heure du matin, je suis exténué et m’endors dans la foulée, seul sur ma banquette.

Passage de la frontière et entrée au Chili

Frontière Bolivie/Chili, PisigaLe soleil se cache toujours derrière la barre d’horizon mais éclaire déjà notre partie du monde, quand à 5 heures et demi, j’ouvre difficilement les yeux et distingue par la fenêtre une file de bus et de camions à l’arrêt. Sur le bord de la chaussée, des voyageurs petit-déjeunent, attablés dans de petites échoppes de bois et de bâches, et les bureaux de change (une table et une calculatrice) sont ouverts. Dans le bus, la moitié des passagers dorment encore. Je descends et comprends que nous sommes à la frontière, qui après confirmation du chauffeur, n’ouvre qu’à 7 heures et demi. Je rejoins un de ces restaurants de fortune, m’accoude à une table en bois bancale et me réchauffe avec un grand café brûlant.

Frontière Bolivie/Chili, Pisiga -2La Bolivie et le Chili se séparent ici, dans la ville ou plutôt le hameau de Pisiga, situé au milieu de nulle part à 3750 mètres d’altitude. Je change mes derniers bolivianos contre quelques milliers de pesos chiliens et remonte patienter dans l’autocar.

Une fois entré dans les bureaux de l’immigration, non pas sans deux heures d’attente préalables, les formalités administratives et douanières sont d’une rapidité compétitive. J’en ressors avec un nouveau tampon dans mon passeport, et une pointe de nostalgie dans le cœur. Je quitte l’un des pays les plus pauvres d’Amérique Latine pour rejoindre l’un des plus riches.

La fin du trajet se fera confortablement, les routes chiliennes, lisses comme des boules de billard, sont incomparables à celles de Bolivie.

Ainsi, une page de mon voyage se tourne, et une nouvelle ne demande qu’à être écrite.

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