D’Iquitos à Yurimaguas : embarquement à bord d’Eduardo X

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Le soleil se couche quand Eduardo X s’ébranle et quitte lentement le port d’Iquitos. Le bateau est surchargé, les enfants courent entre les hamacs suspendus pendant que les plus âgés regardent le paysage défiler, accoudés au bastingage. Me voilà parti pour trois jours de navigation sur le fleuve Amazone, à destination de Yurimaguas. 

 

Iquitos, au cœur de l’Amazonie péruvienne

Capitale de la région de Loreto et garante d’une population de plus de 430 000 habitants, Iquitos est une métropole prospère, vibrante et bruyante noyée dans la jungle péruvienne. Elle est la plus grande ville au monde à n’avoir aucun accès terrestre, c’est donc en bateau et sous une chaleur étouffante que je rejoins cette cité isolée.

Quartier de Belén à Iquitos - PérouJe vais passer trois jours à Iquitos, à déambuler dans ses rues bondées de moto-taxis, comme si les voitures n’avaient pas leurs places ici. Trois jours où vont s’abattre sur moi chaleur et pluies tropicales. La désagréable impression d’être toujours moite. Le tee-shirt collant de sueur et le front perlant de gouttes lorsque je marche du quartier flottant de Belén à la place des armes, en plein centre. Je croise sur mon chemin un squelette de béton laissé à l’abandon, un hangar affecté à la vente de fruits et légumes avant d’atteindre le port de Masusa, d’où partent les bateaux de marchandises qui desservent différentes villes péruviennes.

 

Rejoindre Pucallpa ou Yurimaguas en bateau m’intéresse, c’est dans ce port que je viens prendre des informations. Un port sans quai, où une zone de boue sépare la route du fleuve. Je ne vais recevoir que des renseignements contradictoires, quand une personne m’informe qu’un navire part à 17h, une autre prétend que son départ est prévu dans la matinée. Le temps d’un trajet passe du simple au double selon la personne interrogée. C’est comme ça que je vais rater mon bateau pour Pucallpa et embarquer à bord d’Eduardo X, à destination de Yurimaguas.

 

Embarquement à bord d’Eduardo X

Après une course en moto-taxi d’un quart d’heure sous une pluie battante, c’est trempé de la tête aux pieds que je suis de retour au port. On m’explique gentiment que le bateau à destination de Pucallpa est parti plus tôt dans la journée, alors j’embarque à bord d’Eduardo X, qui lève normalement l’ancre à 17h.

Je pénètre enthousiaste dans le premier étage de ce vieux bâtiment fait de métal, le rez-de-chaussée étant réservé uniquement au transport de marchandises. Un employé de la compagnie fluviale se jette sur moi pour me proposer un hamac à louer. Exactement ce qu’il me faut. L’étage à disposition des passagers est déjà plein, des familles entières ont envahi l’espace. Les enfants slaloment entre les hamacs suspendus et les matelas laissés au sol, tandis que les vendeurs ambulants démarchent encore et toujours les clients appuyés au bastingage. Un régime de bananes par ci, une bouteille d’Inca Cola par là.

Avec l’accord du capitaine, j’installe mon hamac sur le pont supérieur, pour le moment désert. J’évite ainsi la cohue et le vacarme du moteur de l’étage inférieur. Je regarde une dernière fois le port et la ville perdue au milieu de cet enfer vert.

 

A contre-courant, entre Iquitos et Yurimaguas

Le soleil est maintenant bas dans le ciel, les machines se mettent en route et l’Eduardo X s’ébranle enfin. Cinq autres personnes m’ont rejoint sur le pont supérieur, c’est toujours mieux que l’enfer du dessous. L’excitation du départ est vite retombée, la plupart des voyageurs traînent maintenant sur les ponts, en profitant du coucher de soleil, ou dorment déjà dans leurs lits suspendus.Rangée de hamacs - Iquitos - Pérou

Les nuits sont assez fraîches à bord, contrastant avec la chaleur insoutenable du milieu de journée. J’en profite pour admirer un beau ciel fourmillant d’étoiles. Il est 6h30 du matin quand la cloche sonne l’heure du petit déjeuner. Les passagers se pressent vers les cuisines, accompagnés d’assiettes pour certains et de seaux en plastique pour d’autres. Ce rituel durera tout le long de la croisière. Au menu un porridge trop liquide et un sandwich au jambon. J’étais prévenu. Je découvre vite que les autres repas ne seront pas meilleurs, riz et poulet le midi, soupe au riz le soir.

Un couple de français a embarqué avec moi la veille. Ils dorment dans leur Land Rover aménagé pour voyager à travers l’Amérique. Ils ont quitté la France depuis deux ans et demi, sillonnant les routes de la Patagonie au nord de la Colombie. Les journées sont assez longues, nous discutons un peu et je passe beaucoup de temps à lire, affalé dans mon hamac, à l’ombre. Nous nous arrêtons régulièrement dans des villages bordant le fleuve pour les ravitailler en marchandises. C’est incroyable à quel point l’Amazonie regorge de vie. Sa population vit de pêche, de la culture de fruits, de riz et du commerce du bois.

 

Nous croiserons tout au long de la traversée de nombreuses embarcations plus ou moins grandes. Du pêcheur sur sa pirogue en bois qui jette ses filets dans les eaux troubles à la barge lourdement chargée de fûts de pétrole, le rio Amazone est l’autoroute de ce vaste espace sud-américain. J’aurai aussi la chance de voir à plusieurs reprise le boto, l’emblématique dauphin rose d’Amazonie.

 

Yurimaguas en vue

Il est 4h30 du matin et tout le monde s’agite sur le pont. Je sors la tête de mon duvet, ouvre tant bien que mal un œil et réalise que nous approchons de Yurimaguas, notre port d’arrivée. Sur le quai, une foule de personne, impatiente, attend l’arrimage du bateau pour aider sa famille respective à tout décharger. Je me fraie un passage au milieu de la cohue, salue mes amis français inquiets pour leur véhicule, et débarque. Enfin.

Ce voyage en bateau aura duré deux jours et trois nuits. L’Amazonie ne vient pas directement à l’esprit lorsque l’on pense au Pérou, elle submerge pourtant les trois cinquième de sa surface. C’est un espace sauvage, vivant, unique où je reviendrai avec grand plaisir un peu plus tard au cours de mon voyage, je l’espère.

Il est 6h du matin, quand serré dans un minibus en direction de Tarapoto, je regarde par la fenêtre le soleil se lever sur la jungle amazonienne, le sourire aux lèvres.

 


Si vous voyagez entre Iquitos et Yurimaguas, arrêtez vous quelques jours à Lagunas et visitez la réserve naturelle de Pacaya-Simiria.

Plus d’informations ici : http://www.rutadelsur.info/la-reserve-naturelle-pacaya-samiria-joyau-de-la-jungle-amazonienne

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