Ascension du Huayna Potosi – 6088m

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A 25 kilomètres au nord de La Paz, au cœur de la Cordillère Orientale, la montagne Huayna Potosi culmine à 6088 mètres d’altitude. Parmi toutes les ascensions de sommets à plus de 6000 mètres qu’offre la Bolivie, je choisis de m’attaquer à cette dernière, de par sa facilité d’accès et par le prix attrayant que proposent les agences de la capitale pour la gravir.

Voyage au-dessus des nuages, marche en équilibre sur des crêtes vertigineuses et vue imprenable sur la Cordillère Royale et le lac Titicaca à l’heure où le soleil se lève, je pars pour l’ascension du Huayna Potosi, ma première expérience à plus de 6000 mètres.

 

Préparation et acclimatation

Nous sommes samedi et il est 11 heures du matin lorsque nous arrivons au premier refuge avec Roberto, mon guide. L’ascension se fera dans la nuit de dimanche à lundi et ce premier après-midi est consacré à la pratique de la marche avec crampons sur glacier et à l’initiation de l’escalade sur parois verticales, le tout à plus de 5000 mètres d’altitude. De quoi s’acclimater en douceur.

 

Nous rejoignons le lendemain le deuxième refuge, campo alto, après deux petites heures de marche sur un sentier caillouteux qui finit par sinuer entre les glaciers. C’est d’ici, à 5130 mètres d’altitude, que nous partirons dans la nuit pour atteindre le sommet au lever du jour. Si l’on se rend compte que l’on ne pourra pas y être avant 7 heures du matin, il faudra faire demi-tour. Une dizaine d’autres personnes tenteront l’ascension cette nuit là, et le refuge est à moitié plein. Comme la veille, je me gave d’eau et de thé, sur les conseils de Roberto, pour éviter ou du moins atténuer un peu le mal de tête qui risque de se présenter. Nous mangeons tôt, préparons et vérifions une dernière fois le matériel avant d’aller se coucher. Il est 19 heures. Contrairement à ma nuit précédant l’escalade du Cotopaxi, je trouve rapidement le sommeil malgré l’altitude et l’excitation qui me gagne. Le réveil est prévu à minuit, et le départ une heure plus tard.

 

Réveil en forme et derniers préparatifs

Huayna Potosi, Bolivie -9Comme prévu, les guides entrent et la lumière inonde le dortoir à minuit pile. Je me réveille en forme mais sans appétit. J’avale malgré tout deux tartines au beurre et à la confiture, et reprends ma descente de thé en y ajoutant des feuilles de coca. Après un dernier tour aux toilettes, en prévention car j’angoisse de devoir uriner pendant l’ascension, je m’équipe au complet. C’est à dire trois couches de vêtements techniques pour le bas, cinq pour le haut, deux paires de gants plus le harnais, le casque, une cagoule, la frontale et les chaussures de haute-montagne. Le sac quant à lui est bien plus léger, il ne contient qu’un tube de crème solaire, une bouteille d’eau, un paquet de biscuits et un sachet de feuilles de coca. Ils assurent plus un soutien psychologique que calorique car je ne toucherai finalement à rien durant toute l’ascension de peur de sortir mes mains des gants.
 

L’heure du départ a sonné

Huayna Potosi, Bolivie -5Nous partons avec seulement quinze minutes de retard sur le programme établi la veille. Une fois sur le glacier, nous chaussons nos crampons, nous encordons ensemble et partons. Enfin. Ça fait deux jours que j’attends ce moment et je suis surexcité quand nous commençons l’ascension. Le temps est magnifique, la pleine lune éclaire les douces courbes de la montagne et nous nous offrons le luxe de grimper frontales éteintes. Les deux premières heures sont tranquilles. La montée n’est pas très raide, nous faisons en fait le tour de la montagne, et la neige fraîche et peu profonde nous permet de maintenir un bon rythme. Le début de cette ascension est un vrai plaisir, avec comme bonus une vue dégagée sur les lumières de la capitale bolivienne.
 

Ça grimpe

La première phase compliquée survient un peu avant 4 heures du matin. La demi-heure de montée à 50 degrés sur une crête est éprouvante. J’avance quasiment couché et m’aide aussi bien de mes jambes que de mes bras, armé de mon piolet pour évoluer dans la neige. Mon rythme cardiaque s’accélère et je m’essouffle rapidement.

Le vent s’est un peu levé et nous faisons une courte pause afin de récupérer de l’effort fourni pour venir à bout de ce premier test. Je ne bois et ne grignote pas, je sens le bout de mes doigts et de mes orteils refroidir et n’envisage à aucun moment de quitter mes gants. Nous repartons pour une nouvelle phase moins raide d’une heure qui s’achèvera par le franchissement d’une crevasse d’un peu moins d’un mètre de largeur.
 

Un dernier effort et enfin… le sommet

La température chute progressivement et je le ressens dans tout mon corps lorsque nous attaquons la dernière étape de l’ascension, et sans aucun doute la plus dure. La plus dure car l’oxygène se raréfie, la fatigue me gagne, mais surtout parce que la pente est très raide. Me revoilà évoluant couché sur la neige, jusqu’à atteindre le haut de la crête qui m’amènera jusqu’au sommet.

 

Les premières lueurs du jours apparaissent et donnent une couleur rouge orangée à l’horizon. Nous marchons maintenant sur une arête effilée pour rejoindre le point culminant de la montagne. Il est 6 heures quand je pose le pied au sommet, exténué. Des deux côtés le vide. Plus rien ne m’atteint, ni le froid, ni la fatigue, je suis seulement heureux d’être là. Comme si plus rien n’avait d’importance. Je regarde le soleil se lever lentement et éclairer la Cordillère devant moi, le lac Titicaca dans mon dos. Il teinte le flanc de la montagne d’une couleur bleue sombre tandis que l’autre face m’éblouie de sa blancheur immaculée. Des sommets percent au travers d’un océan de nuages et flirtent avec la voûte céleste.

 

Dans un océan de neige

Nous resterons une vingtaine de minutes au sommet. D’autres cordées arrivent déjà et nous devons laisser la place. Nous redescendons au campo alto en deux heures. Le jour me permet de voir ce que je distinguais mal dans l’obscurité, une immense étendue blanche s’offre à nous. Je réalise que nous avons contourné un énorme trou dans la montagne pendant la nuit, et d’impressionnantes crevasses déchirent ses flancs par endroits. Mises à part deux descentes abruptes, j’ai l’agréable sensation de me promener dans la neige, entre 5000 et 6000 mètres d’altitude, sur une mer laiteuse et sous un soleil éclatant. Je profite de ces derniers moments grisants, dans un état second, comme en apesanteur, drogué par l’altitude et la fatigue.

 

Retour à la réalité

Le retour au premier camp de base dans les pierres, puis en voiture vers La Paz me ramène à la réalité. La fin de mon ascension du Huayna Potosi à plus de 6000 mètres. Je continue de découvrir l’alpinisme, une discipline en harmonie avec la nature, et envisage de gravir d’autres sommets dans le futur.
 


Ma première expérience d’alpinisme, en Equateur, l’ascension du volcan Cotopaxi.

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3 Comments
  • Fabien Selosse
    janvier 8, 2016

    Wow Super cet article!!! Viens au Kirghizistan, 7124m, Pic Lénine, ca te dit???

  • Thomas
    juillet 20, 2018

    Salut Nicolas,
    Super le récit de ton ascension sur le Huayna Potosi !!
    Aurais-tu les coordonnées de l’agence par laquelle tu es passé ?
    Je serai dans quelques semaine à la Paz…
    Merci beaucoup
    Alexandre

    • Valérie Tardy
      juillet 24, 2018

      Salut Alexandre,
      Merci pour ton commentaire. Je ne me souviens plus du nom de l’agence avec laquelle j’ai organisé l’ascension. Il y en a une multitude dans le centre de La Paz, le mieux est d’aller en consulter plusieurs et de sélectionner celle qui te convient le mieux. Je te conseille de bien t’acclimater si tu souhaites escalader le Huayna Potosi. Le trek El Choro est une belle randonnée, et l’occasion de marcher à haute altitude. Dernier conseil, je te recommande de ne pas t’engager dans une cordée de plus de deux personnes et le guide; si l’un de vous trois ne va pas en haut, tout le monde doit redescendre.
      N’hésite pas à me recontacter pour plus d’infos.
      Bon voyage.

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